Le déjeuner sous la treille, art provençal
Une table dressée à l’ombre des feuilles de vigne, un repas qui s’étire jusqu’au café tiède. La Provence a fait de cette scène un rituel, presque une discipline.
Il y a en Provence une géographie discrète, celle des treilles. On les trouve derrière les mas, dans les cours des bastides, parfois simplement accrochées à deux poteaux de bois au fond d’un jardin. La vigne y grimpe, s’étale, filtre la lumière de juin et tamise celle d’août. En dessous, une table — souvent en pierre, parfois recouverte d’une nappe à carreaux qui a déjà vécu plusieurs étés.
Le déjeuner sous la treille n’a pas de menu fixe. Une tapenade, du pain rompu à la main, une salade de tomates assaisonnée la veille pour qu’elle rende son jus. Du rosé bien frais, jamais trop. Parfois un poisson grillé, parfois rien d’autre qu’un fromage de chèvre et des figues. Ce qui compte, c’est la durée — deux heures, trois, le temps que le soleil tourne et que la conversation glisse d’un sujet à l’autre sans se presser.
Cet art-là ne s’apprend pas dans les livres. Il se transmet par imitation, en regardant une grand-mère poser ses couverts, un voisin déboucher sa bouteille, une amie tirer la chaise sous l’ombre la plus dense. On en sort lent, un peu somnolent, avec l’envie de marcher jusqu’aux lavandes ou de ne rien faire du tout. C’est sans doute la définition la plus juste du luxe.
Nessihat — le chapeau qui voyage.

